C’est le moment de poser des pièges contre le frelon asiatique

24 Fév 2026 | Non catégorisé

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Pièges gratuits contre le coléoptère asiatique : prévention intelligente ou fausse solution ?

À Ixelles, des pièges gratuits sont distribués pour lutter contre le frelon asiatique, au moment où les reines sortent de leur hibernation. L’initiative semble simple, mais elle soulève des questions plus importantes : quelle est l’efficacité de l’action citoyenne contre les espèces envahissantes et comment éviter les dommages collatéraux dans un paysage d’insectes déjà fragile ?

Pourquoi Ixelles est déjà en action

À première vue, il est étrange de distribuer des pièges à insectes en hiver. Mais c’est justement la logique du timing qui est au cœur de la démarche. À partir de la mi-février, les reines du frelon asiatique (Vespa velutina) sortent de leur hibernation, surtout lorsque les températures sont douces. Ixelles désigne explicitement le début du printemps comme la « période clé », avec une fenêtre allant d’aujourd’hui à la mi-mai.

L’objectif n’est pas de capturer massivement les ouvrières lorsqu’un nid est déjà en train de tourner, mais d’empêcher le démarrage des colonies. Valérie Libert, déléguée à l’environnement d’Ixelles, le dit clairement : « Avec chaque reine, vous pouvez avoir une colonie de 1.000 frelons ». Retirer une reine de la circulation de manière précoce, c’est donc tenter de bloquer une croissance exponentielle avant même qu’elle ne soit visible dans les jardins, les parcs ou sur les ruches.

Ce faisant, la municipalité mise sur la prévention en tant qu’alternative moins coûteuse et plus efficace aux interventions ultérieures, telles que l’enlèvement des nids. C’est aussi un moyen d’élargir la lutte contre une espèce envahissante : non seulement les services spécialisés, mais aussi les habitants sont concernés en première ligne.

Comment fonctionne le piège et pourquoi la reconnaissance est cruciale

Le piège qu’Ixelles distribue est présenté comme sélectif : un pot avec un couvercle en plastique et de petites ouvertures. Ces ouvertures sont délibérément petites car le frelon asiatique est plus petit que le frelon européen. Le raisonnement est simple : si le frelon européen ne peut pas entrer, vous évitez qu’une espèce indigène ne devienne une victime involontaire de la lutte.

En pratique, l’attraction est basée sur un mélange que de nombreux habitants ont probablement chez eux : de la grenadine, de la bière et du vin blanc. L’odeur attire le frelon, qui ne sort plus du piège. Il s’agit d’une technique à bas seuil qui mise principalement sur l’échelle : plus il y a de personnes qui participent au bon moment, plus les chances d’intercepter les reines errantes sont grandes.

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Cependant, le succès dépend de la reconnaissance et de l’utilisation correctes de ces insectes. Les rapports soulignent une distinction importante : le frelon asiatique est plus petit que le frelon européen et présente une couleur orange foncé à rougeâtre à l’extrémité de l’abdomen, près de l’aiguillon. Ce détail n’est pas anodin : la confusion entre les espèces peut conduire à la panique, au massacre inutile d’autres insectes ou à l’absence de véritables signalements.

Les enjeux : abeilles, pollinisation et réaction en chaîne

Si le frelon asiatique fait l’objet de tant d’attention, ce n’est pas en raison d’une réputation « effrayante », mais bien en raison de son impact écologique. Il se nourrit d’insectes et affecte particulièrement les abeilles, qui sont déjà sous pression en raison d’une combinaison de facteurs. L’initiative de Bruxelles cite une estimation sévère de la consommation : une seule colonie consommerait environ 10 kilogrammes d’insectes et d’abeilles en quelques mois.

Concrètement, il s’agit d’une double menace. D’une part, les abeilles domestiques et sauvages sont directement attaquées, ce qui peut affecter les apiculteurs et la biodiversité locale. D’autre part, cela affecte la pollinisation : moins de pollinisateurs signifie moins de résilience dans les structures vertes urbaines, les jardins et la flore sauvage. Dans une ville où l’écologisation et la biodiversité sont de plus en plus des objectifs politiques, les prédateurs envahissants peuvent rapidement devenir des multiplicateurs de problèmes.

De plus, le frelon asiatique ne se limite pas aux zones « vertes ». Ixelles souligne que des nids peuvent également apparaître dans des corniches et d’autres structures de bâtiments. L’image d’un problème purement forestier ou de parc n’est donc pas correcte : les quartiers densément bâtis peuvent également être touchés, précisément parce que les petites cavités et les bordures abritées sont des endroits propices à l’installation d’un nid de départ.

La participation des citoyens en tant qu’arme : puissante, mais aussi vulnérable

Le modèle Elsen part d’un principe séduisant : la gratuité du matériel abaisse le seuil, ce qui permet aux habitants de contribuer quels que soient leurs revenus. Ce principe a quelque chose de démocratique et augmente les chances d’une large mobilisation. De plus, l’intervention est suffisamment simple pour être déployée rapidement sans infrastructure lourde.

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Mais la participation civique est aussi un outil fragile. Son efficacité dépend fortement d’un placement correct, d’un entretien régulier et d’une utilisation au bon moment. Un piège mal accroché, placé trop tard ou mal surveillé n’a que peu d’intérêt. Et comme l’approche est répartie sur de nombreux actes individuels, il est difficile d’estimer l’effet global : combien de reines sont effectivement capturées, et dans quels quartiers ?

À cela s’ajoute une deuxième tension : tout piège qui attrape « quelque chose » n’est pas automatiquement un succès. Des voix critiques soulignent que les pièges peuvent également capturer d’autres insectes, surtout lorsqu’ils sont utilisés sans précaution. Bien que les petites ouvertures visent la sélectivité, le risque de dommages collatéraux est une préoccupation récurrente dans ce type de mesures. La sensibilisation n’est donc pas un pis-aller, mais une condition sine qua non.

En ce sens, l’action est plus qu’une simple distribution de matériel : c’est aussi un test de connaissance du public, de discipline et de responsabilité partagée. La question est de savoir si ce type de campagne peut susciter la même motivation chaque année, ou si la « lassitude saisonnière » finira par en ralentir l’impact.

Du piège au nid : nécessité d’une coordination et d’une approche durable

La campagne d’automne vise principalement à prévenir l’apparition de nouveaux nids, mais elle ne résout pas complètement le problème. Lorsqu’un nid est néanmoins découvert, la responsabilité passe à une aide professionnelle ou organisée. À Bruxelles, les pompiers peuvent être appelés, mais leur intervention gratuite est liée à une évaluation du risque et de l’urgence. Dans d’autres cas, les habitants peuvent faire appel à des bénévoles, comme le « groupe F », qui intervient gratuitement avec le soutien d’Ixelles et d’autres.

Cela illustre une réalité plus large : la lutte contre les espèces envahissantes est rarement l’affaire d’un seul outil. La capture précoce des reines, la détection rapide des nids, l’enlèvement en toute sécurité et une communication claire doivent se compléter. Sans coordination, les actions locales restent disparates : une campagne réussie dans une municipalité peut être compromise si les zones voisines sont moins actives.

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C’est pourquoi le contexte bruxellois fait également référence à Bruxelles Environnement comme point de contact pour les autres municipalités. Le défi consiste à transformer des initiatives distinctes en une stratégie urbaine, avec des règles similaires, une communication similaire et une image partagée des résultats. Des programmes de prévention similaires existent dans d’autres pays européens ; certains combinent l’action citoyenne avec des interventions professionnelles, d’autres optent davantage pour la nesteradication. L’expérience bruxelloise s’inscrit dans cette recherche plus large d’un mélange viable.

À long terme, la question clé reste ouverte : la prévention annuelle est-elle une nécessité permanente ou une phase de transition jusqu’à ce qu’une meilleure détection, une réponse plus rapide et une gestion plus coordonnée puissent réduire structurellement le problème ? La réponse dépend non seulement des efforts locaux, mais aussi de la manière dont les villes et les régions coopèrent pour lutter contre une espèce qui ne respecte pas les frontières administratives.

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